8 MARS, QU’ES-TU?

Quand arrive la date du 8 mars, ne vous êtes-vous jamais dit que tout le monde a sa propre perception quant à la signification à donner à cette journée ? Entre ce que disent les médias et ce qui est dit par les masses, il y a comme une cacophonie sur le sens donné à cette journée internationale, tout comme sa dénomination même semble ne pas faire l’unanimité. Que dire de l’attitude de ceux qui décident de marquer ce jour d’une pierre blanche? Au rang de ceux-là, des féministes appellent à la consternation et l’indignation alors que d’autres s’adonnent à une célébration semblable à la fête des mères ou à la Saint Valentin. Ainsi peut-on dire sans se tromper que comme à l’accoutumée, l’officiel ne tient pas l’officieux. Pour preuve, en Côte d’Ivoire, bien que la polygamie soit officiellement interdite, elle est officieusement pratiquée. De même, à une époque où la sensibilisation sur le SIDA était omniprésente dans les médias, cette maladie présentée par les autorités publiques et scientifiques comme un redoutable fléau, était regardée par certains individus comme un « Syndrome Inventé pour Décourager les Amoureux ».

Là où cette institution qu’est le mariage n’a pu faire l’objet de consensus par la force de la loi, quand ce qui a été présenté par des experts comme le pire en plus d’avoir coûté la vie à d’innombrable personnes a malgré tout été moqué, ce n’est certainement pas le 8 mars qui sera accepté par tout le monde comme « journée internationale des femmes » telle que décrétée officiellement par l’ONU.

D’ailleurs, beaucoup ne la connaissent qu’en tant que « journée de la femme » ou « fête de la femme ». De là, cette date apparait pour cette multitude comme l’occasion de choyer et d’honorer leurs sœurs, leurs mères ainsi que leurs bien-aimées. Toute chose que certains activistes de la cause féminine voient d’un mauvais œil. Car pour ces derniers, cette date est avant tout une opportunité pour faire le bilan sur l’égalité des droits hommes-femmes, les inégalités qui subsistent dans ce domaine et appréhender les défis qui restent à relever dans ce sens.

Toutefois, doit-on se focaliser uniquement sur les aspects noirs de ce tableau qu’est la condition féminine ? N’y a-t-il rien à célébrer ? Les réponses à ces questions peuvent être multiples. Toutefois, il est bon de garder à l’esprit un point d’ancrage, à savoir la raison pour laquelle la femme est discriminée. Cette raison qui est nourrie par la croyance que la femme serait inférieure à l’homme, voire bonne qu’à procréer, tenir un foyer et sans volonté propre. Ces idées, bien entendu, doivent être combattues et quoi  de mieux pour y arriver que de présenter à la face du monde, ces femmes qui ont réussi à force d’efforts personnels, celles-là qui s’illustrent mieux que certains hommes. Faire connaitre ces dames, les célébrer ne peut qu’ébranler les idées arriérées et inspirées celles qui sont maltraitées. Pour sûr, les « héroïnes » et les « battantes » ne courent pas les rues (les « héros » et les « battants » non plus, si on désire juger de la valeur des personnes à la seule lumière de leur réussite dans ce monde où l’égalité des chances reste à réaliser) mais il ne manque pas de femmes courageuses et dévouées qui elles aussi méritent d’être honorées.

On retient beaucoup trop souvent les figures historiques qui ont mené ou initié les luttes d’envergure, oubliant que c’est sans contexte le sacrifice de millions d’anonymes à travers l’histoire qui ont fait bouger les lignes. En ce qui concerne les femmes, beaucoup penseront aux mouvements dont le vieux continent a été le théâtre (les suffragettes, les femmes russes qui réclamaient le retour de leurs maris partis au front etc). Toutefois, d’autres femmes, de d’autres contrées ont elle aussi marqué les mémoires : la marche des femmes de Grand Bassam pour libérer leur maris emprisonnés par les autorités coloniale, la révolte des femmes dans les rues de Bamako pour mettre un terme au massacre de leurs enfants et bien d’autres encore sous différents cieux. A ce jour, il n’y a certes pas de quoi dormir sous les lauriers quand on sait que bon nombre d’injustices persistent encore mais il y a indiscutablement à commémorer. D’ailleurs, ce n’est qu’arrogance de prétendre que celles qui ont précédé les générations actuelles se complaisaient dans leur situation, n’avaient jamais rien fait pour s’émanciper, s’autodéterminer. Est-ce parce qu’une fleur affiche ses pétales un beau jour qu’on doit nier la longue croissance, discrète et silencieuse qui se situe au commencement du processus de floraison ?

Que les féministes ne s’offusquent donc pas que des personnes confondent ce 8 mars avec la Saint Valentin ou la fête des mères, car ces personnes-là ont au moins le mérite de témoigner de l’estime pour les femmes qui sont importantes dans leur vie.

Le militantisme ne peut se faire sans opposition ou confrontation. Toutefois, il ne faudrait pas oublier qu’il consiste aussi à rallier davantage de cœurs à une cause. De ce fait, les valentins du 8 mars et les éternels enfants de leurs mamans sont surtout des esprits à sensibiliser et non des ennemis avec lesquels découdre.


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Tous les liens de cet article étaient consultables à la date du 15 mai 2019 à 00h 12min

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