POURQUOI SE DÉRANGER POUR VOTER ?

Comme vous le pensez peut-être tout comme moi, ce n’est pas parce qu’on nous a gracieusement offert une canne à pêche que naitra en nous l’envie de pêcher, voire la détermination suffisante pour aller jeter un hameçon dans l’eau et attendre des heures durant sans rien faire. Le droit de vote est à peu près à cette image, l’ennui en moins si on se fie à l’effervescence qui accompagne chaque rendez-vous électoral. En effet, beaucoup d’entre nous ont découvert en naissant dans ce bas monde le droit de voter ; puis nous en avons bénéficié par la suite une fois devenu majeur[1]. Ainsi, d’un claquement de doigt et sans effort, aucun, si ce n’est celui de prendre de l’âge, nous avons obtenu comme nos semblables l’aptitude de décider qui doit diriger notre commune, notre région, notre pays.

Un caractère de cadeau donné sans qu’on ait rien demandé qui doit, dans une certaine mesure, expliquer pourquoi on ne prend pas cette possibilité plus au sérieux en s’abstenant de l’exercer. Bien entendu, ce n’est pas uniquement la flemmardise qui expliquerait l’abstention, loin de là, les raisons étant multiples. Parmi ces dernières, on peut entrevoir un manque de confiance vis-à-vis des élites politiques ou la conviction qu’un vote ne constitue qu’une goutte d’eau dans un vaste océan. Toutefois, sans être convaincu que notre plaidoyer convaincra tout le monde d’aller glisser un bulletin dans une urne, on ne peut que croire qu’un devoir de mémoire est souvent nécessaire afin que certains individus réalisent la chance qu’ils ont. Par conséquent, la leçon d’histoire et de droit, de ce jour, portera sur cette responsabilité citoyenne qui est celle de voter.

Prérogative dont la titularité n’a pas toujours été admise au bénéfice de tous, le droit de vote se pose aujourd’hui comme l’un des droits politiques[2] les plus incontournables dans les sociétés démocratiques.

Tout au long de l’histoire, cette faculté pour les gouvernés de choisir les gouvernants sera généralement perçue comme un privilège réservé aux hommes fortunés avec, en plus de cette restriction basée sur la richesse, l’admission de discriminations fondées sur le sexe, l’origine, la race ou bien d’autres considérations tributaires de réalités socioculturelles propres à différentes époques, à différents pays.

Ce faisant, le droit de vote a été refusé pendant longtemps aux plus démunies, aux femmes, à certaines personnes en raison de leur ascendance ou de leur couleur de peau. Concernant les femmes, leur droit de vote est assez récent. D’ailleurs, dans les pays qui font actuellement figure de modèles démocratiques, le suffrage féminin n’a pas encore deux siècles d’âge ce qui est déjà bien peu quand on sait que les premières esquisses du suffrage masculin remonteraient à l’antiquité grecque. Ainsi, dans la « Patrie des droits de l’Homme », la faculté de voter a été reconnue aux femmes le 21 avril 1944. C’est dans cette logique sans doute que pendant les indépendances ou durant les années qui ont précédées celles-ci, bon nombre de colonies en Afrique accédant à la souveraineté étatique, reconnaitront dès le départ le droit de vote aux Africaines comme aux Africains. Toutefois, fait intéressant, l’une des premières constitutions au monde, la Charte du Mandé, reconnaissait déjà à la femme africaine une participation active à la vie politique[3]. Pour ce qui a trait aux discriminations raciales dans l’exercice des droits politiques, aux États-Unis d’Amérique, les Noirs ont vu la concrétisation de leur droit de vote en 1965. Si d’aventure cette garantie tardive accordée par l’État américain scandalise, que dire de l’Afrique du Sud où les Noirs n’ont pu voter pour la première fois qu’en 1994. En somme, à diverses périodes, en divers points du globe, des êtres humains se sont vus dénier la possibilité d’avoir un droit de regard dans la désignation de leurs dirigeants sur la base de préjugés qu’on sait erronés mais que des individus souhaitent entretenir en raison d’un dégoût de l’autre qu’on ne saurait valablement expliquer.

Après diverses revendications faites au travers de luttes pour obtenir davantage d’égalité, le droit de vote fut, dans bon nombre de pays, progressivement reconnu à l’ensemble des citoyens. Toutefois, des limitations sont admises relativement à l’âge, la nationalité, la moralité, l’accomplissement de certaines formalités et autres critères laissés à l’appréciation de chaque État ; du moment que lesdits critères restent objectifs. Le lieu de remarquer que sous certains cieux, le droit de vote n’est pas une réalité pour toutes les composantes de la société. D’ailleurs, à quoi bon consacrer le droit de vote lorsqu’on est limité à un choix ou que des conditions nous empêchent d’exprimer notre voix ? Malgré tout, la tendance générale reste celle de l’adoption du suffrage universel.

Cette extension du droit de vote même si elle semble aller de soi pour bien d’entre nous qui ont été formatés à l’idée que les êtres humains naissent libres et qu’ils sont égaux en droits et en devoirs, elle suscite néanmoins une question sur l’importance dudit droit. Est-ce par simple lubie de réaliser l’égalité entre l’ensemble des membres de l’espèce humaine que cet élargissement a été pensé ou est-ce parce que les enjeux qui sous-tendent le droit d’élire ceux ou celles qui président au destin d’une nation sont trop grands pour ne pas reconnaitre à tous la possibilité de prendre part à ce choix d’envergure ?

De l’avis de Jacques Chirac, ancien président de la république française, le droit de vote ne saurait être réduit à un vulgaire choix qu’on ferait à la légère. Ainsi, s’exprimant au micro de France 2, le 24 Avril 2002, il soutient que : « Le droit de vote, ce n’est pas l’expression d’une humeur, c’est une décision à l’égard de son pays, à l’égard de ses enfants ».

A croire celui qui a été élu deux fois président de la république française, voter serait non seulement déterminant pour une nation mais également pour les générations futures. Même si on pourrait voir, dans ces déclarations, les paroles mielleuses d’un politicien en campagne, les passions que déchainent la politique ne sont-elles pas la preuve que la capacité de choisir soi-même ses dirigeants était ressentie par le passé comme une nécessité pour les populations ?

A la question « Pourquoi voter ou non ? » chacun de nous a ses propres réponses. Toujours est-il qu’en revisitant l’histoire, on remarque que du sang a coulé pour obtenir cette chance de voter ; en regardant l’actualité, on constate que les débats politiques sont souvent des occasions de débordements sur des sujets de société qui passionnent autant qu’ils divisent. En prenant vent de ces controverses qui vous concernent : prétendriez-vous que vous n’êtes pas révoltée d’entendre un candidat donné professer sur l’insignifiance d’un vœu qui vous est cher ? affirmeriez-vous que vous ne souhaitez pas donner caution à ce projet qui vous tient à cœur et que justement tel parti se propose de porter ? ne souhaiteriez-vous pas faire comprendre à cette classe politique que vous ne lui accorder aucune crédibilité ? Ces aspirations-là, nos semblables qui nous ont devancé, l’ont nourri au point d’en imploser d’indignation jusqu’à se révolter et nous-mêmes les nourrissons encore, même si nombre d’entre nous n’ont pas foi en nos systèmes . Eux ont lutté contre ce qui leur déplaisaient. Et nous? devrions-nous nous contenter d’accepter les choses telles quelles sont alors qu’ils nous ont légué un outil pour altérer certaines tendances ?

En bref, si nous pouvons être oublieux du sacrifice posé par ceux ou celles qui nous ont précédé afin d’obtenir le droit de vote, ne nous mentons pas sur le fait qu’à chaque élection, il nous brûle de décider de l’enjeu de ces scrutins. Ce faisant, si nous ne pouvons rester indifférents à la façon dont est gérée notre société, tout comme au devenir de nos enfants, posons cet acte citoyen qui nous démange, votons!

Cit Droit de vote

Pour votre part, que vous inspirent les propos de Jacques Chirac ?

Si d’aventure, vous souhaitez vous imprégner davantage de l’histoire qui est celle du combat pour les droits civiques, je vous suggère les œuvres suivantes:


[1]S’il est vrai que l’âge de la majorité civile (âge où l’on peut passer des contrats, faire des affaires etc.) se confond parfois avec la majorité électorale (âge où l’on peut voter), dans certains pays tel n’est pas le cas. En Côte d’Ivoire  par exemple, la majorité électorale est de 18 ans tandis que la majorité civile est de 21 ans. Cependant, à l’heure où sont rédigées ces lignes, un projet de loi fixant la majorité civile et électorale à 18 ans devrait être présenté au Parlement en vue de son adoption. Le Mali présente un particularisme similaire mais ne semble pas disposer à suivre l’exemple ivoirien.

[2]Les droits politiques ou civiques sont des droits reconnus à des individus par l’État dont ils sont généralement ressortissants. De ce fait, contrairement aux droits de l’Homme qui auraient un caractère universel, les droits civiques peuvent varier d’un État à l’autre. De plus, les droits politiques sont intimement liés à la vie politique. Il s’agit notamment du droit de vote, du droit de se faire élire, de la liberté d’opinion, de la liberté de réunion etc.

[3]L’article 16 de cette charte dispose : « en plus de leurs occupations quotidiennes, les femmes doivent être associées à tous nos Gouvernements. »


Crédits photos

  • ballot-1294935 by  OpenClipart-Vectors (consulté pour la dernière fois le 20 juin 2019 à 16h34)
  • watermelon-23487 by Clker-Free-Vector-Images (consulté pour la dernière fois le 20 juin 2019 à 16h34)

2 commentaires sur “POURQUOI SE DÉRANGER POUR VOTER ?

    1. Effectivement! Ce qui renvoie, à mon avis, à la question de la sincérité du scrutin qui de mon point de vue, doit figurer parmi les préoccupations majeures dans nos jeunes États africains où les résultats des élections sont presque toujours sujets à débat.

      Quoi qu’il soit, merci d’avoir partagé votre avis qui illustre bien le sentiment que seul un droit de vote consacré dans les textes et réellement appliqué dans les faits mérite qu’on prenne la peine d’en faire usage.

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