L’ÉGALITÉ HOMME-FEMME D’ACCORD ! MAIS LES MENTALITÉS QUI VONT AVEC D’ABORD !

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En Afrique, pour prouver qu’on figure dans le concert des nations, on adopte des lois plutôt que d’adopter des comportements, on opte pour des dénominations plutôt que des actions. Ainsi, nous avons des pays démocratiques de par leur nom mais autoritaires ou laxistes de par les actes qu’ils posent [1]. Les lois ne manquent pas mais les citoyens, du fait de leur inculture juridique ou en l’absence de répression rigoureusement organisée, s’illustrent tellement par leur incivisme qu’on doute de l’existence d’une quelconque règle [2].

Dans cette même logique, les dirigeants Maliens entendent, quelquefois, réaliser l’égalité homme-femme au moyen de textes de lois. Une approche qui a vite démontré ses limites comme on a pu le constater en 2009 lorsque le gouvernement, sous la pression d’associations islamiques, a été contraint de revenir sur des réformes ambitieuses que devaient acter le nouveau code de la famille. Quoi de plus logique dans un pays où l’analphabétisme est récurrent [3], toute chose qui aurait facilité la désinformation sur le projet de loi à l’époque, réduisant les finalités de celui-ci à une conspiration occidentale dont le but serait de déstabiliser les fondements culturels de la société malienne aux yeux de personnes ignorantes. Oui, c’est bien par ignorance que les populations ne perçoivent pas les enjeux de cette question, par ignorance encore qu’elles sont manipulées par une minorité bien consciente des implications mais opposée à toute égalité pour des intérêts égoïstes et ou des raisons purement idéologiques. Dès lors, on comprend tout de suite que la concrétisation d’une égalité entre Maliens et Maliennes passent par une lutte pour l’acquisition du savoir au moyen de cet outil qu’est l’éducation. Nelson Mandela ne disait-il pas : « L’éducation est l’arme la plus puissante qu’on puisse utiliser pour changer le monde » ? Ce qui dénote bien du fait qu’un système éducatif performant se présente comme un atout majeur pour engendrer un changement de mentalité.

A cette proposition de consolidation du système éducatif, les pouvoirs publics maliens trouveront à dire qu’il subsiste une insuffisance relativement au volet financier. Ce qui est indéniable quoique dans le cas présent, il y a possibilité d’améliorer la situation. Surtout lorsqu’on sait que ce manque de moyens est rattaché au manque à gagner engendré par la corruption [4].

Pour assombrir davantage un tableau bien noir, l’exécutif a violé récemment la loi n°2015-052 qui impose un quota de 30% de femmes aux postes électifs. En effet, on déplore qu’au nombre des ministres que compte le gouvernement actuel, seul 24% sont des femmes [5]. Or, si la majorité des Maliens avaient une culture juridique, ils se seraient offusqués contre cet impair commis par l’État malien. De là, on réalise que l’éveil des consciences n’a pas pour seule finalité de faire des fils et filles du Mali des personnes respectueuses des lois sur l’égalité du genre mais d’en faire également des censeurs aussi bien pour leurs concitoyens que de leurs dirigeants.

Il serait fort étonnant que nos décideurs n’en est pas conscience. En effet, cette mauvaise approche dans la réalisation d’une société plus égalitaire peut être assimilée à un manque de courage. Pour cause, les lois adoptées ne sont qu’un vernis institutionnel qui donne le change à la communauté internationale ainsi qu’aux associations de défense des droits de l’homme ; tout en laissant prospérer les véritables ennemies de l’égalité homme-femme que sont l’ignorance, entretenue par sa consœur qu’est la corruption, soutenue elle-même par la complaisance d’une minorité intellectuelle consciente du péril mais bénéficiaire du statut quo.

Une prise de conscience plurielle doit par conséquent précéder puis accompagner toute législation allant dans le sens de la parité homme-femme.


[1]Pour éviter toute polémique sur l’état de la démocratie actuelle dans un quelconque pays, rappelons que lors de leur accession à l’indépendance, des États ont proclamé leur attachement à la démocratie tout en pratiquant la politique du parti unique.

[2]Au Mali, de l’aveu d’Oumar Bilal Maïga, directeur des impôts en 2018, 75 à 80% des contribuables maliens contribuaient en deçà ou pas du tout aux charges collectives. En Côte d’Ivoire, les sachets plastiques sont interdits ce qui ne dissuade pas les populations d’en utiliser au quotidien. Au Burkina Faso, la dot est prohibée quoiqu’elle soit toujours réclamée au futur marié dans la pratique. De nombreuses illustrations de ce type fourmillent.

[3]Seul 39,21% de la population malienne est alphabétisée, un chiffre donné par l’Institut de statistique de l’UNESCO pour l’année 2015.

[4]Le Mali est classé 95ème nation sur 167 selon le rapport 2015  de l’indice  de la perception de la corruption, 122ème sur 180 pays dans le rapport de Transparency International et 182ème sur 189 selon le rapport de l’indice de développement humain et l’indice de l’égalité entre les genres et le développement du genre.

[5]Sur les 38 membres (36 ministres et 2 secrétaires d’État) que compte le gouvernement de Boubou Cissé, 8 sont des femmes.


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symbol-1179119 by janeb13 (consulté pour la dernière fois le 20 juin 2019 à 16h19)

 

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