DIEU CRÉA LE MALI ET SE MIT À RIRE

         « Dieu créa le Mali et se mit à rire ». Voilà ce que je pouvais entendre de la bouche de certaines personnes lorsque je me trouvais encore au Mali, il y a quelques temps. Cela dit, vous vous demandez sans doute : De quoi riait-il ou rit-il encore aujourd’hui ? Selon les pessimistes qui ne se lassent jamais de le dire, le Créateur s’amuserait des tares qui minent la société malienne, autrement dit la corruption, l’incivisme, la mauvaise gouvernance, etc. En bref, toutes ces misères dont les fils et filles du faso (la patrie) seraient les seuls artisans. Après tout, qui ne serait pas tenté de rire de quelqu’un qui se met la corde autour du cou en prétendant porter une cravate. Bien-sûr, cela reste toujours plus drôle que dangereux tant que l’intéressé(e) ne décide pas de se suspendre dans le vide avec cette corde toujours attachée à son cou. Cette image, vous l’aurez compris, est celle d’un suicide dans la mesure où un citoyen qui par intérêt personnel, va à l’encontre de ses obligations et piétine les droits de ses compatriotes, contribue à l’autodestruction de sa société.

En tout état de cause, on peut se demander si avec la crise sociopolitique qui secoue actuellement la nation malienne, le prétendu Seigneur évoqué par les défaitistes n’est pas désormais plus attristé que rieur. Car, avec cette crise, ce qui est mis à mal c’est l’un des plus grands trésors dont les Maliens pouvaient se vanter : la cohésion sociale. Lire la suite « DIEU CRÉA LE MALI ET SE MIT À RIRE »

LE LION OU LE BAOBAB

Le lion ou le baobab ! Non, il ne s’agit pas d’un sondage pour déterminer lequel vous aimez. Au passage, désolé pour les gourmands, il n’est pas non plus question de savoir si vous préférez le kédjénou* de lion ou la sauce à la feuille baobab (d’ailleurs, ces recettes n’existent probablement pas**). Il est question plutôt de savoir auquel des deux chacun peut s’identifier. Nous précisons bien, seulement s’identifier et non se transformer. Autant dire que nous n’avons aucune expertise en sorcellerie sinon plutôt que d’écrire ces lignes, nous nous serions contentés de vous gbasser (lancer un sort en nouchi***) pour obtenir vos « j’aime » et les éloges qui vont avec. Ces éclaircissements apportés revenons à nos moutons ou plus exactement au lion et au baobab. Lire la suite « LE LION OU LE BAOBAB »

MON CANDIDAT IDÉAL

Pensée à la faveur de l’élection présidentielle malienne à venir, #MonCandidatIdéal est une initiative consistant à laisser les internautes maliens/maliennes exposer les qualités que devraient avoir selon eux le candidat idéal, celui-là même qui à la tête du pays, sera le plus à même de relever les nombreux défis auxquels le Mali doit faire face.
Objectif : indiquer à ceux/celles qui sont lancé(e)s dans la course pour la magistrature suprême ce que leurs concitoyens attendent de celui ou celle qui prendra les rênes du pouvoir. Il n’est donc aucunement question de faire campagne pour une personne nommément désignée ou fidèlement décrite. Par conséquent, cette démarche est tout ce qu’il y a de plus apolitique et relève d’un acte citoyen passant par la simple expression de ce que l’on considère comme le meilleur. Lire la suite « MON CANDIDAT IDÉAL »

UN YOUTUBEUR VICTIME DE LA HAINE QU’IL ENTENDAIT DÉNONCER

L’humour est à manier avec précaution, les mots à choisir avec soin lorsqu’on désire faire passer un message à l’opinion publique ; ce qui est encore plus vrai quand on est un personnage public souhaitant moraliser la multitude à laquelle on s’adresse. Loin de nous l’idée de donner des leçons sur la manière dont qui que ce soit aurait dû s’exprimer, le constat est là: ce qui a été dit, sans être faux ou foncièrement condamnable, a été formulé d’une façon qui a déplu. Ainsi, un message qui visait très certainement à inciter les uns et les autres à tourner la page sur une époque sombre de l’histoire de l’humanité, a été perçu comme un comportement digne d’un lèche-botte acquis à la France doublé d’un vulgaire geste de mépris vis-à-vis de la mémoire de nos ancêtres.

Ce message est celui d’Observateur Ébène, de son vrai nom Florent Amany, youtoubeur à la notoriété croissante qui s’exprime dans une vidéo suite à une polémique qui s’est produite tout juste après la finale de l’Euro 2016 opposant la France au Portugal. Le constat était le suivant : dans nombre d’endroits en Côte d’Ivoire, les Ivoiriens sont nombreux à exprimer leur joie suite à la victoire portugaise, non pas parce qu’ils apprécient véritablement le Portugal ou son joueur vedette, Cristiano Ronaldo, mais tout simplement parce qu’ils voulaient voir la France, l’ancienne puissance colonisatrice, échouer. Justifiant notamment leur aversion pour la France au motif de l’esclavage pratiquée par celle-ci dans le passé sur le continent africain, certains de ces supporters vont jusqu’à considérer leurs concitoyens qui encourageaient les footballeurs français comme des traitres à leur propre cause ou des individus ayant oublié leur histoire. C’est ainsi que Florent Amany qui a l’habitude de s’exprimer avec dérision sur ce genre de sujet, a décidé de monter au créneau pour exposer sa vision des choses sur une attitude qu’il trouve malheureuse. Hélas, il sera victime du courroux d’une partie de la toile.

 

Cela dit, à y regarder de près, ce qui a dû déranger le plus dans ses propos est l’expression : « Je m’en fou de l’esclavage ». En le disant, Observateur Ébène, a donné l’impression de ne ressentir aucune peine ou répugnance vis-à-vis de l’esclavage dont des millions d’Africains ont été victimes durant des siècles. En outre, quand il ajoute « Aucun de mes parents n’a été esclaves, aucun d’entre eux n’a connu l’esclavage », on croirait presque qu’il est dans le déni, qu’il prétend que ces aïeuls n’auraient pas vécu l’esclavage.  Pour cause, s’il entendait par « parents », les membres de sa famille proche et ceux qu’il a connu de son vivant, il a dû oublier que dans la mentalité africaine, est qualifiée de « parents » toute personne avec laquelle on a un lien de parenté aussi éloigné soit-on de cette personne par les liens du sang, dans l’espace et même dans le temps.

Dans cette perspective, l’Africain considère ses ancêtres comme faisant partie des membres de sa famille ; car, en Afrique, même si la modernité a tendance à altérer cette perception des choses, l’ancêtre n’est pas un défunt qu’on n’a pas eu l’occasion de connaitre, il n’est pas un être appartenant au passé ; bien au contraire, il a une part significative dans le quotidien des vivants. Pour s’en convaincre, rappelons par exemple que conformément à bon nombre de traditions africaines, la terre n’appartient pas à un individu mais aux ancêtres. Que dire également de la pratique récurrente de l’homonymie qui est vue comme une façon de perpétuer la mémoire d’un aïeul, ou encore des alliances à plaisanterie qui nous ont été léguées par des parents qui nous ont devancés sur cette terre quelques siècles auparavant ? En vertu de tout cela, il n’était pas concevable pour un Africain qu’en disant que ses parents n’avaient pas connu l’esclavage, Florent Amany refusait implicitement le statut de parent à bon nombre de ses arrières grands-parents qui ont bien entendu souffert de l’esclavage.

 

Quoi qu’il en soit, cette sinistre vision des choses n’est fondée que si nous faisons une lecture partielle de ce discours ; car, replacées dans leur contexte, ces citations donnent un tout autre sens à son message dont voilà l’essentiel : « Je suis triste et je suis vraiment navré. Il y a des personnes qui n’aiment pas la France, ne veulent pas que je manifeste mon amour pour ce pays. Où est votre problème si j’aime la France ? Après, il me demande si je n’ai pas vu l’esclavage que la France a fait à l’Afrique. Mais je m’en fou de l’esclavage. Aucun de mes parents n’a été esclaves, aucun d’entre eux, n’a vécu l’esclavage. Ceux qui ont fait l’esclavage, ils sont tous morts en 1800. »

A la lecture de ce passage, il ressort que lorsqu’il dit « je m’en fou de l’esclavage », il répond simplement à l’argument qui justifie la haine de la France en raison de l’esclavage pratiquée par cette dernière des décennies auparavant. Pour se justifier, d’ailleurs, il relève qu’il n’a aucune raison de ressentir de la rancune étant donné que les victimes de l’esclavage et leurs bourreaux ne sont plus de ce monde : « Aucun de mes parents n’a été esclaves, aucun d’entre eux, n’a vécu l’esclavage. Ceux qui ont fait l’esclavage, ils sont tous morts en 1800 ». De là, il apparait clairement que ce monsieur fait allusion à des parents d’une époque récente et nullement à ses ancêtres qui, eux, ont certainement été esclaves.

Ensuite, il appelle à tourner la page sur cette histoire et à délaisser l’esprit de vengeance : « Les temps changent, on est en 2016. Votre envie de vous vengez, ça ne vous aboutira pas, ça ne vous emmènera nulle part les potos (potes) ». Cette rancœur il la souligne eu égard à l’actualité récente, celle des attentats terroristes à Paris et de la défaite de l’équipe de football française à l’Euro 2016 organisé par la France elle-même : « Parce que, il y a attentat en France, vous êtes contents. La France est battue en finale vous êtes contents ».

Cependant, bien qu’il trouve cela malheureux, il a la repartie de considérer que ses frères sont libres de penser ce qu’ils veulent mais s’interroge sur le fait que ceux-ci désirent incessamment étendre à leurs semblables cette haine, cette francophobie : « Oui c’est la démocratie, c’est votre choix, vous êtres libres. Mais pourquoi empêcher nous qui aimons la France, nous qui sommes tristes lorsque la France est battue, lorsqu’en France il y a un attentat, pourquoi vous nous empêchez, vous nous jugez, vous nous reprochez notre amour pour la France ? ».

Ainsi, lorsque ce discours est examiné avec attention, analysé en mettant de côté les aprioris, sans être aveuglé par les émotions, il ressort une critique cohérente qui trouve sa source dans les interrogations suivantes : pourquoi en vouloir à la France d’aujourd’hui, pour l’esclavage qui a été le fait de la France d’hier ? pourquoi devrions-nous en vouloir à un Français pour des actes que ses ancêtres ont posés? avoir pareil ressentiment ne serait-il pas une discrimination flagrante, étant donné qu’on en veut à un individu simplement parce qu’il a une origine française ? quand bien même on s’accorderait à trouver cette injustice justifiable au nom d’une liberté d’opinion, cette même liberté ne devrait-elle pas autoriser les autres à ne pas partager notre aversion pour tout ce qui est français ?

« Mais que faisons-nous du devoir de mémoire » diront certains ? A ceux-ci, rappelons que le devoir de mémoire ne se confond pas avec l’insatiable soif de vengeance.
Le devoir de mémoire serait pour nous de ne pas oublier la souffrance qu’a causée l’esclavage à notre continent, afin de ne pas perdre de vue pourquoi une telle chose est arrivée et d’éviter que cela ne se reproduise à l’avenir. Il ne s’agit pas seulement d’empêcher que cela nous arrive à nouveau, d’une quelconque manière ou sous une forme quelconque mais d’éviter aussi ce préjudice à tout individu puisque nous savons, au regard de nos séquelles culturelles, à quel point cela peut être dégradant et humiliant pour la personne humaine. La vengeance, par contre, est ce mal qui nous ronge de façon si irrationnelle qu’on en vient à admettre des idées arriérées comme celle de vouloir condamner des enfants pour des crimes perpétrés par leurs géniteurs.

En dépit de ce que beaucoup pense, c’est à notre avis, l’idée que cet humoriste, conspué aujourd’hui sur les réseaux sociaux (ceux-là même qui l’ont révélé davantage), souhaitait exprimé. Malheureusement, l’emploi du « Je m’en fou de l’esclavage » était apparemment malvenu dans l’entendement populaire où bon nombre se sentent tellement attachés à cette partie de l’histoire que celle-ci semble datée d’hier. Ce faisant, il s’est mis à dos bien des partisans du panafricanisme.

Ajouté à cela, ces dernières paroles en fin de vidéo qui ont, vraisemblablement, parues dédaigneuses aux yeux des internautes : « Arrêtez de me casser les couilles les potos (potes), j’en ai les ras-le-bol de vous… Je m’en bat les couilles ». L’occasion de rappeler que la fameuse expression « On s’en bat les couilles » (en référence aux agissements des terroristes au lendemain de l’attaque de Grand Bassam) est celle qui lui a valu la sympathie d’une bonne partie du web et son billet d’entrée dans l’équipe de l’émission « Touche pas à mon poste » sur la chaîne de télévision française Direct 8. Quoique, cette fois-ci, étant dirigée contre ceux qui regardaient la vidéo et ne partageaient pas sa vision des choses et non contre les terroristes, cette grossièreté du langage n’a pas suscité l’adhésion, à plus forte raison la sympathie d’une multitude qui n’a pas manqué d’injurier l’humoriste, de le traiter de tous les noms et de signaler tellement sa vidéo controversée que sa page Facebook a été bloquée.

 

Aux dernières nouvelles, Florent Amany Kouakou s’est excusé auprès des internautes, reconnaissant qu’il avait certainement mal choisi ses mots. Sans ambigüité et sans détour, l’homme reconnait que les propos qu’il a tenus ont heurté la sensibilité de beaucoup de personnes et, de ce fait, a demandé « pardon ». Toujours est-il, que ce geste qui est sans équivoque celui du repentir, est malgré tout considéré par d’autres comme insuffisant. L’humoriste serait-il devenu la proie de ce ressentiment irraisonné qu’il entendait dénoncer en premier lieu ?


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  • Capture d’écran youtube

Article original sur Facebook: https://web.facebook.com/mohamedlamine.coulibaly.90/posts/1148428861882589


Tous les liens de cet article étaient consultables à la date du 14 mai 2019 à 00h48.