PIQÛRE DE RAPPEL ET PLUS SUR LA DISSERTATION JURIDIQUE

Dans notre faculté de droit, les têtes des apprenants ont beau changer d’années en années et avec celles-ci les écritures que l’on retrouve sur les copies, les corrections se suivent mais se ressemblent selon bon nombre d’enseignants. Certains d’entre eux, plus pessimistes peut-être, y voient même une baisse constante de niveau. Une ressemblance ou une décadence dont la récurrence est matérialisée par une triste évidence, celle de la non-maitrise de la méthodologie juridique par les nouveaux aspirants juristes.

Magnanimes envers leurs disciples comme le veut leur sacerdoce, les professeurs sont sensibles au fait que les effectifs pléthoriques ne facilitent pas l’assimilation de tels rudiments. Aussi, pour les étudiants de la licence 1 et licence 2, voire même licence 3, où les amphis sont remplis à ras bord, ils appellent généralement à l’indulgence des correcteurs. Toutefois, il faut bien comprendre que même si la bienveillance est supposée être de mise (officieusement), ceux ou celles qui arrivent à produire un travail en se conformant à la méthode demandée sont les étudiants qui tirent le mieux leur épingle du jeu. Par conséquent, il est opportun de maitriser cette technique de rédaction pour mettre toutes les chances de son côté.

La présente publication se propose justement d’aider à l’appropriation de cette bonne pratique en ce qui concerne la dissertation juridique qui demeure l’exercice le plus pratiqué dans les facultés de droit. Cependant, cette contribution part de l’idée que vous avez déjà eu un cours de méthodologie et ne s’évertuera donc qu’à rappeler l’essentiel, c’est-à-dire les éléments qui retiennent d’emblée l’attention du correcteur, agrémentés de quelques astuces pour mieux rédiger sa dissertation. Donc, ne comptez pas sur ces lignes pour rappeler l’étape préparatoire avant toute rédaction qui peut se résumer à : relire plusieurs fois le sujet, noter ce que ce dernier nous évoque au brouillon conformément aux connaissances acquises ainsi que les différentes façons de l’aborder en passant par la recherche de la problématique.

Considérant que les grands garçons et grandes filles que vous êtes s’acquitteront sans instructions quelconque de ce préalable, cet article vous parlera :


Plus qu’un point de départ, l’introduction est l’opportunité de faire une forte impression sur le correcteur. Aussi mérite-t-elle un soin particulier. Quand sa rédaction est bien menée, elle peut dissuader le correcteur de lire plus en profondeur le développement ou le pousser à faire une lecture transversale car après tout il y a des centaines d’autres copies à corriger. Toutefois, il ne faudrait pas s’hasarder à parier sur ce genre d’aubaine induite par des contraintes de temps puisque la minutie des juristes qui se constate entre autres par leur fort attachement au formalisme se reflète par moment au niveau de la correction où ils ne laissent rien passer fut-il une virgule. A ce propos, messieurs et mesdames qui êtes orthographiquement avares avec les accents et points, veuillez respecter l’orthographe des mots comme si vous preniez part à une dictée au risque d’être condamnés à avoir des notes en deçà de vos aspirations.

Pour revenir à l’introduction, on y retrouve généralement quatre parties ou plus parmi lesquelles : l’entame (1), l’annonce du sujet (2), la définition des termes clés (3), la problématique (4) et l’annonce du plan (5).

1-L’entame : il peut s’agir soit d’une phrase d’accroche, d’une citation, d’un constat général, d’une actualité ou toute construction qui servirait à partir d’un point, plus ou moins en relation avec votre sujet, pour arriver au domaine auquel se rapporte ledit sujet. Cependant, rien ne vous empêche de combiner ces différents éléments tant que vous procédez avec une logique qui vous permettra à terme d’annoncer le sujet.

2-L’annonce du sujet ainsi que son utilité ou son intérêt : à cet effet, il faut reprendre textuellement le sujet à traiter en prenant la peine éventuellement de le mettre entre guillemets ou griffes. A ce stade du cursus scolaire, l’intérêt des sujets donnés est pour l’essentiel théorique. Donc, il se résume dans bien des cas à permettre une meilleure compréhension de la matière dans laquelle vous composez ou sert à montrer l’importance d’une notion par son interdépendance avec d’autres facteurs ou éléments dans domaine donné. En bref, tout ce qui œuvre pour la poursuite de la connaissance. Ce faisant, en guise d’utilité, n’hésitez pas à brandir les prétextes passepartouts que sont la compréhension et l’importance. En dehors de ceux-ci, l’actualité vaut souvent le coup d’être avancée comme raison de l’attention portée à un sujet.

3-La définition des termes clés : c’est une partie capitale dans la compréhension même du sujet puisque connaitre le sens des mots employés permet de mieux cerner la problématique qu’ils entendent évoquer. A la lecture de ce passage, le correcteur devine d’emblée si l’étudiant va droit dans le mur ou s’il est à même de mener une réflexion pertinente.

4-La problématique : celle-là même qui détermine à quel point l’étudiant a compris ce qui est attendu de lui. Elle peut être posée généralement sous forme de question. Question à laquelle il faudra répondre dans la foulée. La réponse donnée à cette occasion doit être de celle qui résume la tendance que vous adopterez pour mener votre analyse. Exemple : En considérant le sujet « Les difficultés dans l’exécution d’une décision de justice », la problématique qui nous apparait tout naturellement est « Quelles sont les difficultés qui se posent dans l’exécution d’une décision de justice ? ». En guise de réponse, on peut rétorquer : « Les difficultés relatives à l’exécution d’une décision de justice sont multiples, voire innombrables, cependant on peut avancer qu’elles se manifestent tant dans la forme que dans le fond ». Ainsi énoncée, une telle réponse à la problématique suggère que le développement portera sur un volet formel (la forme) et matériel (le fond).

5-L’annonce du plan : dernière phase de l’introduction, elle annonce les deux axes principaux sur lesquels s’articulera votre analyse. Les deux axes en question constituant les différents volets de la réponse qu’on  est censé avoir donnée à la problématique. Durant cette étape, éviter les formules à forte connotation académique comme « Nous verrons en I … puis en II … ». Optez plutôt pour des phrases au style plus littéraire de ce genre : « Fort de ce constat, notre analyse s’attardera dans un premier temps sur … (I) avant de se focaliser dans un second temps sur … (II) ».

Le lieu de rappeler que la dissertation juridique ne se résume pas à égrener une somme de connaissances afin de répondre à la question principale posée par un sujet donné. Il s’agit aussi et surtout d’exposer à la lumière de considérations juridiques, ses idées et arguments de manière élégante de sorte que l’évaluateur se plaise à nous lire plutôt qu’à se maudire d’être contraint à une lecture abrutissante foulant au pied toutes les règles de la langue que tout juriste doit pourtant s’efforcer de manier. Comme pour insister sur cet impératif d’élégance littéraire, certains juristes vont jusqu’à mettre en relation droit et poésie. Ainsi, comme l’affirmait le professeur Gérard Cornu : « Le droit et la poésie entretiennent de puissants rapports. Le point culminant de leur rencontre est sans doute l’adage »[1].


Beaucoup prétendent qu’eu égard à la pléthore de copies à corriger les correcteurs ne regarderaient que l’introduction et le plan, c’est dire à quel point ce dernier se révèle tout aussi important que le premier et non que les enseignants seraient notoirement laxistes. De ce fait, il serait malvenu de croire que la simple présentation du plan suffit pour obtenir les mêmes points que ceux qui sont attribués pour un travail mené à terme. Oubliez également l’idée de bâcler le contenu des différentes parties et sous-parties du développement.

Ces clarifications faites, passons au rappel de quelques règles d’or :

« En deux parties, tu raisonneras » : au risque de passer pour un perroquet ressassant un refrain déjà chanté avec rigueur par nos maîtres ainsi que nos devanciers, le développement se scinde en deux grandes parties (I et II), subdivisée chacune en deux sous-parties (A et B),  pas plus pas moins. Un enseignant-chercheur ayant mené des recherches sur l’exigence du plan en deux parties signale sans ambage : « (…) l’un des tout premiers points de méthode, source de rigueur, que doit intégrer et accepter le néo-étudiant en droit est que ses dissertations et commentaires comporteront toujours deux parties et quatre sous-parties49. Il doit apprendre à s’exprimer dans le langage juridique, ce qui veut dire, tout d’abord, apprendre à s’exprimer machinalement au moyen de plans binaires. Et l’amendement de qui oserait contrevenir à la règle se fait par la notation : un même discours tenu dans un plan en trois parties obtiendra une note inférieure à celle qui serait accordée si le plan était bipartite car, dans un cas, il sera considéré comme un propos juridique, tandis que, dans l’autre, il ne le sera guère ou il le sera moins »[2].

« Ce que tu as annoncé, tu écriras » : l’annonce du plan faite dans votre introduction doit être conforme aux intitulés qui se retrouvent dans votre plan. De même, vos intitulés doivent refléter le contenu des parties et sous-parties qu’ils dénomment.

« Les chapeaux introductifs, tu n’oublieras pas » : de la même manière qu’il est primordial d’écrire ce qu’on a annoncé, il est important d’annoncer ce qu’on va écrire. Tel est le rôle que joue les chapeaux introductifs au début de chaque partie principale (I et II),  en déclinant les matières sur lesquelles porteront respectivement le A et le B comme le fait l’annonce du plan dans l’introduction.

« A la problématique, les intitulés répondront » : vous devez formuler vos intitulés de sorte qu’en lisant la problématique on ait l’impression que les I et II de votre plan répondent à celle-ci.

 « D’élégants intitulés, tu formuleras » : élégance bien-sûr, quoiqu’il n’est nullement question de tomber dans la poésie excessive au risque d’y sacrifier la cohérence et la rigueur juridique. Toutefois, l’élégance étant une chose bien subjective, ce qui est recherché dans cette exigence consiste à éviter de faire des phrases en lieu et place de titres. Les intitulés doivent être à la fois concis et révélateurs. A cet effet, ils ne doivent pas contenir de verbes conjugués. Toutefois, l’emploi de l’infinitif, du participe passé ou du participe présent sont autorisés.

En s’efforçant de mettre en pratique toutes les règles mentionnées plus haut, nous allons proposer une illustration avec le sujet évoqué déjà plus haut : « Les difficultés dans l’exécution des décisions de justice » qui a pour problématique « Quelles sont les difficultés rencontrées dans l’exécution des décisions de justice ? ».

I. AU PLAN FORMEL

A. LA LÉGALITÉ ET L’INTELLIGIBILITÉ DE LA DÉCISION

B. L’EFFET EXÉCUTOIRE DE LA DÉCISION

II. AU PLAN MATÉRIEL

A. RELATIVEMENT À LA PARTIE CONDAMNÉE

B. INDÉPENDAMMENT DE LA PARTIE CONDAMNÉE

En lisant le I et le II, le correcteur comprend tout de suite qu’il y a des difficultés sur deux plans que sont le formel et le matériel. Vous remarquerez également qu’en dépit des innombrables difficultés qui pourraient empêcher qu’une décision de justice soit exécutée, on est parvenu à adopter une approche en deux parties dans lesquelles on peut catégoriser une infinité de cas. En bref, plutôt que de s’adonner à l’exercice fastidieux de recenser toutes les difficultés possibles (qui sont vraisemblablement infinies), nous avons préféré considérer la nature desdites difficultés qui quelles qu’elles soient ne peuvent porter que sur la forme ou le fond.


Comme tout exercice intellectuel à la difficulté variable, il y a des sujets dont la problématique se perçoit aisément, d’autres plus difficilement. Toujours est-il que des réflexes acquis et des observations faites dans l’apprentissage du droit facilitent, à long terme, la réflexion sur les différentes thématiques auxquelles on pourrait être confrontées. Aussi comprend-on naturellement que les subtilités dans cette démarche cartésienne abondent au point que des livres entiers ont été consacrés à la méthodologie juridique (si vous le pouvez, achetez-en).

Par conséquent, ce passage ne saurait prétendre proposer une liste exhaustive de toutes les ficelles de la discipline ; sa seule prétention étant de donner un aperçu de la forme qu’un raisonnement juridique peut revêtir dans ce type d’exercice. Dans cet ordre d’idées, seront évoqués les sujets comportant la conjonction « et » (1), le recours aux plan-types (2) ainsi qu’une brève mention sur la nature variante de la problématique suivant la matière (3).

1-Les sujets comportant la conjonction « et » : Au nombre des sujets dont la problématique se cerne sans trop de mal, on compte sans aucun doute ceux employant la conjonction de coordination « et » qui y est d’une importance capitale. En pareille cas de figure, deux interprétations peuvent être données à de tels sujets, celle de la comparaison ou de l’interaction.

Dans l’hypothèse où la conjonction se trouve entre deux éléments de même nature, le sujet requiert une analyse comparative. Exemples : « Droit public et droit privé » (l’un comme l’autre sont un ensemble de règles juridiques); « Contraventions et délits » (ils constituent des infractions définies par le code pénal). Ce faisant, le plan peut se décliner comme suit : I. Points de convergence/II. Points de divergences, I. Similitudes/II. Dissemblances, I. Analogies/II. Différences etc.

D’un autre côté, si les deux éléments en question sont de natures différentes, il s’agit plutôt de relever les interactions existantes entre eux ou les rapports qu’ils entretiennent. Exemple : Le président et la constitution (le premier est une autorité, le second, un texte de lois placé au sommet de l’ordonnancement juridique interne); le contrat et le juge (le dernier est une autorité judiciaire tandis que le précédent désigne un acte). Dans une telle situation, il n’existe pas de plan tout fait. Aussi est-il impératif d’avoir une bonne connaissance des relations existantes entre les éléments énoncés dans le sujet. Cela dit, ce serait une grossière erreur de consacrer chaque partie au traitement de l’un des éléments mis en relation. Exemple : En considérant le sujet « Le chef indigène et l’impôt », il ne faut pas décliner la réflexion de cette façon I. Le chef indigène/II. L’impôt. Pareille démarche s’apparente presqu’à du hors-sujet. Optez plutôt pour un schéma comme I. Le chef indigène, un percepteur d’impôt/II. Le chef indigène, une personne exonérée d’impôt.

2-Le recours aux plan-types : En dehors de sujets aussi abordables que ceux évoqués plus haut, il existe d’autres dont la problématique est moins évidente. Heureusement, il y a des plan-types qui peuvent nous tirer d’affaire. Entendez par-là, des approches assez classiques que certains qualifieraient à la limite de « plan bateau » :

  • En première ligne, la tendance thèse/antithèse largement employé depuis le secondaire et qui se retrouve dans bien d’autres disciplines. Il s’agit de faire une affirmation qu’il faudra relativiser par la suite. Exemple : « L’interdiction de la dot ». I. Une interdiction consacrée dans les textes/II. Une interdiction limitée dans les faits.
  • Dans la même veine que la perspective précédente, l’approche principe/exception consiste à formuler une règle puis à exposer les exceptions qui la confirment. Exemple : « L’application de la loi ». I. Une norme impérative en principe/II. Une norme dérogatoire exceptionnellement.
  • Concernant les sujets en rapport avec les organisations ou institutions, la dualité organisation/fonctionnement se pose comme une piste à envisager. Exemple : « Le conseil constitutionnel ». I. Organisation/II. Fonctionnement.
  • Dans le cas d’une institution, d’un acte ou d’un rapport juridique existant entre deux éléments, la combinaison nature juridique/régime juridique peut-être parfois d’un grand secours. Surtout lorsqu’il est possible de catégoriser la réalité juridique évoquée dans le sujet puis de déterminer les règles qui s’appliquent à cet effet. Ainsi, la nature juridique peut être vue comme la catégorie et le régime juridique comme les règles propre à ladite catégorie. Toutefois, il n’est pas exclu qu’une réalité juridique s’insère valablement dans différentes catégories. Exemple : « La société anonyme ». I. Nature juridique/II. Régime juridique.
  • Quand vous êtes confrontés à un sujet dans lequel la question centrale a connu une évolution dans le temps, l’approche chronologique s’avère parfois utile. Dans ce cas, vous pouvez parler de la réalité juridique avant une date donnée et après celle-ci. Exemple : « Le contrat de bail à usage d’habitation ». I. Avant la loi de 2018/II. Après la loi de 2018. Toutefois, l’approche chronologique peut s’employer aussi pour éclairer sur la façon dont s’exerce certaines prérogatives ou obligations en fonction d’une période spécifique. Exemple : L’exercice des libertés fondamentales. I. En période normale/II. En période d’exception.

Il existe bien d’autres plan-types qu’on ne serait pas en mesure de citer tellement il y a pléthore de réalités dualistes capables d’interpréter le phénomène juridique : meuble/immeuble, condition/effet, acte/omission, etc.

3-La problématique, une donnée variant selon la matière : Mention importante, pour un même sujet, la problématique peut varier d’une matière à l’autre. Ce qui s’explique par le fait que le droit est divisé en plusieurs branches et sous-branches portant chacune sur des aspects spécifiques de la discipline juridique. Ce faisant, l’intérêt qu’a un constitutionnaliste pour une question donnée, ne sera pas le même chez un spécialiste du droit administratif. En guise d’illustration, en droit administratif, « Le président de la république » s’appréhenderait comme une thématique ayant vocation à mettre l’accent sur les fonctions et pouvoirs administratifs du président. Tandis qu’en droit constitutionnel, il s’agirait plutôt de déterminer les attributs et prérogatives qui lui sont reconnus par la loi fondamentale. Par conséquent, se référer au cours dispensé ou aux grandes lignes de la matière dans laquelle vous composez apparait comme une exigence pour révéler la problématique.

En somme, gardez à l’esprit qu’il y a une infinité de façons pour élucider une question de droit. En ce sens, tant que vous faites preuve de cohérence et de clarté dans l’énoncé de vos idées, le correcteur sera toujours enclin à vous donner un maximum de points, surtout lorsque vous faites une forte impression dès le début en plus d’avoir une copie bien soignée. Au départ, il n’est pas toujours évident de répondre à la problématique dans une vision bipartite cependant en se familiarisant avec la discipline juridique au fil des cours, des travaux dirigés, des lectures et des dissertations, cet exercice devient naturel.


Elle est facultative. Cependant, pour qui décide de la rédiger, elle sert davantage à faire une ouverture qu’à proposer un bilan du raisonnement développé. Par ouverture, il faut entendre une question ou une problématique liée à bon nombre d’aspects que vous avez évoqués dans votre argumentation. Ce faisant, on peut considérer l’ouverture comme un prolongement de la réflexion déjà entamée avec le sujet. Un prolongement auquel s’offre une multitude d’orientations pourvue que celles-ci soient en ligne directe avec les enjeux suscités par le sujet initial.

Pour finir, la conclusion a beau être optionnelle, il est recommandé d’en faire autant que possible. Premièrement, le correcteur pourrait consentir à vous octroyer quelques points supplémentaires bien que la conclusion ne soit pas prise en compte dans le barème. Deuxièmement, pour la rédaction des travaux de recherches qui seront exigés dans les niveaux supérieurs, la conclusion se pose comme un impératif. Autant dans cette perspective, commencer à s’y appliquer afin d’être rodé au moment où elle deviendra incontournable.


Qu’on se le dise sans détour, la dissertation a beau obéir à des méthodes et des codes, il n’en demeure pas moins qu’il y a une certaine dose de subjectivité dans son appréciation. Aussi est-il utile de connaitre la logique de celui qui va évaluer votre travail afin de produire un résultat conforme à ses exigences. Pour y arriver, il y a plusieurs possibilités.

Au rang de ces multiples éventualités, celle qui est la plus accessible reste sans doute le fait d’assister aux cours magistraux (CM). Mine de rien, ces cours-là qui sont supposés être facultatifs déterminent grandement quelles sont les chances pour un étudiant de valider la matière correspondante. En effet, durant ces cours, le professeur titulaire qui est celui dont le stylo rouge déterminera votre sort en dernier ressort, ne fait pas que dispenser un cours ; il expose sa vision du droit dans laquelle on peut déceler les thèmes qui lui tiennent à cœur ainsi que les réflexions qu’il a en horreur. D’ailleurs, certains sujets de composition ainsi que leur résolution sont souvent donnés dans l’amphi de façon subtile au détour de commentaires anodins aux premiers abords. Tout comme vous pouvez apprendre quelle vérité, admise par un grand nombre ou un courant de pensée donné, déplait à l’enseignant. Croyez-le, avec certains professeurs, l’emploi d’un terme donné en lieu et place d’un autre qui lui semble similaire en matière d’usage mais pas identique par définition peut donner de vous une mauvaise impression qui risque de se refléter sur la note finale.

Dans un autre registre, connaitre la logique de l’enseignant permet carrément de savoir dans certains cas quelle approche adopter ou proscrire. Pour un sujet tel que « La modernité de Machiavel », on serait tenté d’admettre que l’option thèse/antithèse est valable. Toutefois, il y a des avis contraires qui voudraient qu’on s’attarde à titre principal et exceptionnel à démontrer cette modernité. Au point même que tout intitulé du développement consacré à relativiser ladite modernité serait considéré comme hors sujet. L’inverse peut être également admise suivant la vision d’un autre enseignant qui estimerait que la thématique ne peut valablement être épuisée sans évoquer les limites de l’affirmation faite d’entrée de jeu par le sujet. D’autres professeurs plus flexibles seront enclins à accepter l’une ou l’autre des deux approches. Le tout pour vous est alors de savoir comment le professeur concerné raisonne. A cet égard, l’accès à d’anciens corrigés ayant eu l’assentiment de l’enseignant intéressé se pose comme la meilleure piste à suivre.

Une autre alternative à explorer pour sonder la logique de nos maitres consiste à se pencher sur la façon dont ils ont rédigé leurs cours, la manière dont ils ont défini les principaux axes. En faisant cette lecture, on peut voir clairement la logique employée pour répondre aux préoccupations principales auxquelles le cours entend apporter un éclairage. Qu’est-ce qu’un cours, si ce n’est une dissertation qui s’évertue à édifier l’apprenant sur les différents aspects d’une matière ? A ce stade, vous l’aurez réalisé, avoir accès à d’autres ouvrages du professeur ne peut que vous aider à mieux comprendre son raisonnement et par voie de conséquences, ces attentes vis-à-vis d’un travail scientifique en général et du travail académique qui vous est demandé en particulier. Au passage, ces lectures renforceront votre culture juridique. Vu ainsi, quoi qu’il arrive, vous ne pouvez qu’y gagner.


-Évitez les ratures et les fautes. Cette mise en garde semble aller de soi, cependant à la vue de certaines copies illisibles ou truffées de fautes, on se demande si certains réalisent bien qu’ils se feront lire par de tierces personnes. Un état de fait qui voudrait donc que la copie soit lisible en plus de respecter les règles de la langue française, pas pour faire honneur à Molière mais pour se faire comprendre par l’évaluateur qui s’attend à lire un travail rédigé en français.

-Éviter autant que possible les phrases longues. Comme indiquer précédemment, vous écrivez avant tout pour vous faire comprendre. Dans cette optique, c’est indiscutablement aux phrases courtes que revient la palme de la clarté. Par la même occasion, vous rendrez probablement un grand service au correcteur qui n’aura pas à cogiter longuement sur le sens de phrases kilométriques.

-Évitez de donner une appréciation sur un point quelconque de votre travail. Autrement dit, bannissez des expressions comme « dans un développement bien organisé », « dans une analyse très complète » etc. Premier malaise, quelle que soit la qualité de votre travail, ce n’est pas à vous de l’apprécier mais l’enseignant sinon demandez-vous pourquoi vous êtes évalués. Deuxième malaise, toute œuvre humaine est imparfaite ou disons perfectible, ce faisant affirmer d’emblée que notre production est parfaite dans un sens ou un autre, est faire preuve d’arrogance. Aimez-vous les personnes arrogantes ? Si oui rappelez-vous que dans nos sociétés c’est l’humilité qui est apprécié ; par conséquent, faites en preuve pour ne pas être l’agneau bêlant au milieu des loups. Qui veut faire entendre son point de vue doit satisfaire à certaines exigences de l’auditoire auquel il s’adresse.

-Évitez d’exposer votre opinion personnelle quelle que soit sa nature (religieuse, politique, éthique etc.). Contentez-vous de traiter le sujet en vous attachant strictement aux éléments de réponse donnés dans le cours ou esquissés par les principes généraux ou spécifiques qui gouvernent la matière. Vous ne savez rien de celui ou celle qui corrigera votre copie. Il y a donc des risques d’être corrigé par une personne farouchement opposée à une opinion qu’on aurait bien pu garder pour soi. D’ailleurs, les correcteurs n’ont généralement que faire de vos états d’âmes, dont l’exposé peut constituer à leurs yeux une perte de temps. Ne tendez donc pas le bâton pour vous faire battre en pensant à tort que vous êtes en train de caresser l’évaluateur dans le sens du poil.

-Évitez de jouer aux comiques ou de faire des parallèles étrangers au cadre juridique. Les attentes de l’enseignant sont purement d’ordre académique et non ludique. En tant qu’êtres humains, ils pourront peut-être apprécier par moment, cependant rappelez-vous qu’ils ont la respectable et essentielle corvée de parcourir les copies de centaines d’étudiants dans le but de s’assurer que ceux-ci ont bien compris l’enseignement dispensé et dans le cas contraire de se remémorer les lacunes les plus récurrentes afin d’y remédier dans le futur. Par conséquent, ils apprécieraient vraiment de votre part de ne pas faire de digressions qui rendraient ce travail plus fastidieux qu’il ne l’est déjà.

-Une dernière mise en garde, quel que soit le désir de justesse qui a guidé la rédaction de ces lignes, si un enseignant donné à exiger de vous une méthodologie particulière, il est préférable de s’en tenir à celle-ci. Après tout, le détenteur du stylo rouge reste et demeure celui qu’on doit convaincre.


Nous voilà arrivés au terme de ma modeste contribution, en espérant que celle-ci sera utile aux cadets ayant des évaluations à passer dans les jours à venir ou dans le futur. Toutefois, la probabilité que certains passages n’ont pas été suffisamment clairs demeure ou encore qu’il y a à redire ou à ajouter sur les recettes proposées. N’hésitez donc pas à vous exprimer dans ce sens ou pour toute autre raison que vous jugez utiles du moment que cela participe au partage de la connaissance.

Le mot de la fin : « La différence entre un bon et un mauvais étudiant, peut-on lire dans une “Méthode des études de droit”, n’est pas seulement une question de travail. Elle tient aussi beaucoup à la méthode. Le bon étudiant domine sa pensée et ses connaissances par la rigueur et la logique. Le mauvais est celui qui accumule les mots, les phrases et les paragraphes en se laissant guider par la fantaisie et l’approximation »[3]


[1] G. CORNU, Linguistique juridique, Paris, Montchrestien, 1990, p. 388

[2] BARRAUD Boris, L’usage du plan en deux parties dans les facultés de droit françaises, Revue trimestrielle de droit civil 2015, p. 819

[3] N. CAYROL, F. GRUA, Méthode des études de droit, 2e éd., Dalloz, 2011, 4e de couverture


Crédits photos

La Peur Seringue Infirmière by Alexas_Fotos : https://pixabay.com/fr/illustrations/la-peur-seringue-infirmi%C3%A8re-dr%C3%B4le-1180118/


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