LE MASSACRE D’OGOSSAGOU OU LE VISAGE HIDEUX QUE PREND LA CRISE MALIENNE

Même mis en face de la dépouille d’un être cher, il arrive de ne pas réaliser encore qu’on ne le reverra plus. A cet instant, accroché à un espoir insensé, on pense avoir encore beaucoup à lui dire et tout autant de choses à vivre ensemble. D’ailleurs, couché là paisiblement, comme endormi, où pourrait-il bien partir ? Mais quand vient le moment de mettre le défunt sous terre, là on comprend qu’il s’en est allé pour un voyage sans retour. On aura beau tenter de se convaincre qu’il sera mieux au paradis que sur la terre des hommes ou qu’il se réincarnera ou encore que la mort est une réalité qu’on ne peut qu’accepter ou toute autre conviction que l’esprit humain se murmurait pour se consoler, cela n’atténuera pas la douleur. L’un des seuls véritables réconforts à cette souffrance est peut-être l’oubli mais Dieu seul sait combien de temps celui-ci peut mettre avant d’agir, parce qu’à supposer qu’on s’efforce d’être heureux, le bonheur lui-même nous rappellera que nous profitons d’une chance dont nos regrettés proches ne bénéficieront plus.

Telle est la triste réalité que doivent supporter ceux qui ont perdu un proche dans la tragédie d’Ogossagou qui a fait plus de 130 morts dans le centre du Mali. Jusque-là rien qui révolte au-delà de ce qui est inadmissible en temps normal quand des vies considérées comme sacrées sont arrachées par dizaines. N’arrive-t-il pas que des catastrophes naturelles fassent périr des milliers voire davantage d’innocents ? N’est-on pas de toute manière voué à quitter ce monde ? Cependant, quand on apprend l’origine des personnes tuées et le contexte dans lequel cette tuerie a été perpétrée, une effroyable évidence nous saisit : des jeunes qui avaient la vie devant eux, des enfants qui ne connaissaient encore rien de cette vie, des parents qui ne demandaient qu’à voir leur progénitures s’épanouir, se sont vus ôter la vie parce qu’ils étaient Peulhs. Comme si naitre de parents d’une ethnie donnée était un crime.

 

Admettre qu’un enfant puisse venir au monde avec des problèmes de santé en raison du fait que ses géniteurs ont une maladie génétique, c’est se plier à la loi de la nature, cette nature face à laquelle nous sommes aussi impuissants que dépendants.

Admettre qu’une personne qui voit le jour dans un milieu défavorisé aura à se battre plus qu’une autre de condition aisée pour réussir, c’est reconnaitre que l’injustice existe mais qu’elle doit être combattue.

Cependant, l’exécution sommaire d’un individu pour et seulement ce qu’il est, ne peut être considérée comme faisant partie de l’ordre naturel des choses et dire de ce carnage que c’est une injustice reviendrait à minimiser cette barbarie sans nom. Il s’agit ni plus, ni moins d’une pure méchanceté dont la gratuité ne peut-être tolérée par des humains doté d’humanité qui reconnaissent en d’autres leurs semblables. Une telle cruauté n’est pas de celles qui sont excusables car elle a pris pour cible des civils sans défense. Au-delà de la recherche d’un intérêt quelconque, l’intention était de causer du mal, un mal qui affecte la nation malienne toute entière indépendamment de l’objectif poursuivi par les monstres qui en sont les auteurs.

 

Le fait que quelques Peulhs seraient dans les rangs des djihadistes n’est pas une excuse, le fait d’avoir perdu des proches dans des attaques revendiquées par un groupe terroriste avec un Peulh à sa tête n’est pas une raison, pas plus que des calculs politiques ou géopolitiques ne sauraient légitimer une telle atrocité. Le ressentiment quelle que soit sa cause ou la finalité quelle que soit son dessein ne peut justifier le massacre d’innocents.

 

Le Mali n’a d’autres choix que d’enterrer ses morts et les pleurer. En toute logique, les décideurs vont nous rassurer, ce qui est de leur devoir et le minimum qu’on puisse attendre de leur part. Toutefois ce qui rassurerait véritablement en ces heures sombres, ce sont des actions concrètes. L’heure n’est plus à chanter l’indestructible unité malienne qui de l’avis d’une grande partie de ceux qui sont touchés par cette tragédie, est une unité qui se trouve déjà six pieds sous terre. Il est raisonnablement admis que nul homme n’a le pouvoir de ramener les morts à la vie mais historiquement prouvé qu’une communauté peut restaurer une cohésion sociale brisée. Tel est l’espoir que les enfants du faso* doivent nourrir et concrétiser en toute responsabilité quels que soient leur condition, leur ethnie, leur rancœur. Faillir à cela serait consentir à vivre d’autres drames comme celui d’Ogossagou.

 

*La patrie en bambara.

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